Quand les enfants ont peur de l’effondrement

Couverture de la BD L’ÉCO-ANXIÉTÉ NE PASSERA PAS PAR MOI ! d’Elise-Rousseau

Au cours des 12 000 dernières années, l’humanité s’est développée dans l’Holocène, une époque géologique ou Homo sapiens à prospéré. Le corps scientifique considère que l’Holocène s’est terminé vers 1950, lorsque les tests nucléaires ont dispersés dans l’atmosphère d’importantes quantités de particules radioactives. Cette époque est également marquée par une grande accélération de l’activité humaine dans un contexte économique de reconstruction, d’industrie performante et de modernisation de l’agriculture. Depuis 2016, la nouvelle époque géologique est officiellement reconnu comme celle de l’Anthropocène. Cette ère se caractérise par le fait que l’humanité en tant qu’espèce serait devenue la principale force géologique. De part son activité, Homo sapiens a entrainé des modifications environnementales d’une telle ampleur que nous franchissons des limites planétaires (6 sur 9 en 2022) et atteignons point de non-retour : perte drastique de biodiversité, dérèglement climatique, pollution (atmosphérique, pédologique et aquatique). Tant d’évènements qui font que l’empreinte anthropique (humaine) sur l’environnement planétaire est devenue si vaste et intense qu’elle rivalise avec certaines grandes forces de la nature (forces géophysiques). Si le climat a toujours été un facteur d’influence majeur dans le développement des grands mouvements économiques ou sociaux, l’ère de l’Anthropocène met au défi l’espèce humaine et ses capacités d’anticipation, de contrôle et de résilience sur les écosystèmes existants. Pour la première fois, l’histoire de la Terre entre en collision avec celle des hommes et des femmes qui l’habitent. La génération Z est parfaitement consciente de la violence de cette collision et craint que notre société n’y résiste pas plus que les dinosaures face à l’astéroïde ayant causé leurs extinction… Certaines personnes imaginent même que ce n’est pas simplement notre civilisation qui va s’effondrer mais que l’humanité fera tout simplement partie de la sixième extinction de masse en cours. (au passage, je recommandes chaudement la lecture de l’essai La 6e Extinction. Comment l’homme détruit la vie d’Elizabeth Kolbert qui reçu un prix Pulitzer en 2015 pour cet ouvrage)

Cette génération Z depuis sa tendre enfance est abreuvée de messages d’alertes sur la situation préoccupante de la terre. A grandir dans un contexte anxiogène ou chaque jour les média mais aussi les réseaux sociaux retransmettent en directe des images de phénomène météo intense directement lié au dérèglement climatique (inondation, épisode de grêle, ouragans, méga feu, vague de froid intense ou au contraire de canicule…), de plus en plus de jeunes développent des angoisses liées à l’état de la planète. De fait aujourd’hui, on parle d’écoanxiété quand on est dans la prospective, on s’inquiète pour le futur. A contrario, on utilise le terme solastalgie quand nous sommes dans la rétrospective, c’est-à-dire que l’on va comparer ce qu’il y avait avant et ce qu’il y a maintenant. Aujourd’hui, les parents doivent être vigilent pour que leurs enfants ne tombent pas dans la dépression verte. En effet, beaucoup d’ado malgré eux deviennent adepte de la collapsologie et croient mordicus à la théorie de l’effondrement de notre civilisation « thermo-industrielle. Cette dernière véhicule l’idée que le réchauffement climatique va produire, à moyen terme, des effets dominos ou vont s’enchevêtrer des crises sociales et industrielle avec à la clé famine, conflits…mise en péril de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles…

Les trois quarts des jeunes de 16 à 25 ans pensent que le futur est effrayant c’est ce qu’il ressort d’une vaste enquête sur la crise climatique publiée par la revue scientifique Lancet Planetary Health et relayés par Le Monde en septembre 2021. Cette étude réalisée auprès de 10 000 personnes de cette tranche d’âge et originaires de dix pays différents dont la France montre que les jeunes d’aujourd’hui perdent espoir en leur avenir à cause de l’état de la planète. Voici quelques chiffres clé de cette étude:

– 56 % des sondés sont même très pessimistes et estiment désormais que l’humanité est « condamnée ».
– 39 % d’entre eux ont peur d’avoir des enfants et pour ceux qui resteraient déterminés à fonder une famille malgré tout, ils sont 52 % à souligner que leur sécurité « sera menacée ».
– 45 % affirment que l’anxiété climatique affecte leur vie quotidienne de manière négative, qu’il s’agisse de dormir, de se nourrir, d’étudier, d’aller à l’école ou de s’amuser.
– 58 % d’entre eux pointe la responsabilité des pouvoirs exécutifs des différents pays pour avoir trahi les générations actuelles et les générations futures en apportant une réponse insuffisante au dérèglement climatique.

Dans cet article intitulé « Ces ados qui souffrent d’éco-anxiété » paru en juillet 2021, dans le journal 20 minutes recueillait les témoignages illustrant parfaitement ces chiffres:

Auréanne : « Vais-je mourir à 50 ans d’un cancer à cause de la pollution et des pesticides ?
Je ne sais pas du tout si j’aurai des enfants. Je ne veux pas qu’ils m’en veuillent de les avoir mis au monde ».

 Chloé, 20 ans: « Je me persuade qu’en 2050, tout sera terminé ».

Nicolas, 16 ans : « Je me sens concerné par la question climatique depuis le CM2. Lorsque j’ai entendu parler de réchauffement, je me suis informé sur les désastres qu’il provoquait et cela m’a choqué »

Théo « J’espère que l’effondrement n’arrivera pas trop tard, que je puisse essayer de reconstruire le monde d’après »

Briac, 17 ans « L’affaire de l’eau contaminée par les rejets des centrales nucléaires qui a touché ma commune, ainsi que les fortes canicules de l’été 2019, m’ont marqué. Ce n’est qu’un avant-goût de ce qui se passera en 2040 ou en 2050 »

 Léa, 18 ans, le déclic a aussi eu lieu en regardant les infos : « J’ai commencé à m’inquiéter encore plus quand la forêt amazonienne a pris feu. Tous les jours, je stresse pour tout : le plastique dans les océans, les abattoirs, le réchauffement climatique, la pauvreté… »

« J’ai parfois des sensations de panique », témoigne Auréanne, 17 ans. « C’est une peur continue, souvent juste avant de dormir, et qui me tient parfois éveillé toute la nuit », confie Théo. Nathan ressent aussi ce malaise : « C’est en pensant aux espèces animales en danger que le stress vient ». Un sentiment d’impuissance les étreint aussi, à l’instar de Cyprien : « On se sent telle une goutte d’eau dans l’océan : que représente mon action quand des millions d’autres ne s’en préoccupent aucunement ? ». Et la crise du Covid-19 a encore ravivé leur conscience : « Depuis la crise sanitaire, c’est comme une double peine. Non seulement on n’arrive pas à résoudre la crise écologique, mais en plus on a attrapé (sans mauvais jeux de mots) une crise sanitaire. La nature nous jette en pleine face notre punition », lance Catherine.

Auréanne « J’ai peur que les ressources naturelles viennent à manquer et que nous nous battions pour nous nourrir », exprime .»

Que faire en tant que parent face à l’éco anxiété des enfants et des adolescents?

Comment réagir face au pessimisme de la génération de Greta Thunberg et qui broie du noir en écoutant du Billie Eilish?

Pour ceux qui ne sont plus dans le coup, Billie Eilish est une chanteuse ayant reçu le titre de « Meilleure Artiste Alternative Rock » à tout juste 18 ans et connu pour son engagement écologique. Son clip « All the good girls go to hell » fait d’ailleurs référence aux catastrophiques écologiques actuelles. Cette artiste qui squat régulièrement avec ses chansons le Billboard Hot 100, (l’équivalent de notre Top 50) jusqu’à atteindre la place numéro une à profitée de sa tournée « Happier Than Ever » de 2022 pour organiser des tables rondes, nommées « Overheated » (« en surchauffe » en français), pour parler de la crise climatique avec des intervenant comme la militante Vanessa Nakate ou le YouTubeur Jack Harries

Comme beaucoup de chose qui touche à la parentalité, il n’y a pas de réponse universelle pour aider son enfant à surmonter ses angoisses néanmoins il existe quelques clés pour lutter contre l’écoanxiété. L’un des remèdes est de chercher à ne plus seulement subir en se sentant impuissant mais chercher à être acteur de la transition en agissant à son niveau, selon son âge et ses capacités comme l’explique l’article « comment répondre à l’éco-anxiété des enfants ? » sur Escape the city. Vous trouverez des exemples concret de mode d’action sur l’article comment soigner l’éco-anxiété de reporterre.net:
« « … certains praticiens proposent de rejoindre une ONG ou une association, pour faire de la sensibilisation, aider le public à ouvrir les yeux sur des problématiques sociales et écologiques, travailler à l’émergence d’alternatives. En somme, d’agir afin de retrouver un peu d’emprise sur notre destin, pour ne plus se sentir totalement impuissant…. » 

Pour terminer une vidéo sur la psychologie positive et l’écho anxiété.

Une réflexion sur “Quand les enfants ont peur de l’effondrement

  • 23 août 2022 à 1h36
    Permalien

    escapethecity.life étant down, voici une copie de l’article de référence

    Jacques Tiberi·octobre 2021
    Effondrement : comment répondre à l’éco-anxiété des enfants ?
    Comment parler aux enfants des catastrophes qui menacent leur futur, les rassurer et leur donner la force de passer à l’action ?

    Lucie a 10 ans. Sa mère a organisé son anniversaire dans un parc. Au moment de servir les jus de fruits, elle sort des gobelets en plastique. Soudain, Lucie fond en larmes. « Maman tu ne te rends pas compte ! Tu vas encore jeter du plastique dans la mer. Alors que la planète, les oiseaux et les tortues sont en train de mourir ! ». Face à ces larmes, que faire et que dire ?

    Crise sanitaire, confinements, feux de forêt, rapports du GIEC, extinction des espèces… l’école parle d’écologie à nos enfant, mais jamais de l’effondrement de notre mode de vie. Pourtant, ils sentent que quelque chose ne va pas.

    Pour Antoine Pelissolo, auteur des Émotions du dérèglement climatique, « la jeunesse a été frappée par une vague d’éco-anxiété, ou du moins d’éco-inquiétude ». Un constat confirmé par mon ami Pierre-Éric Sutter, psychothérapeute, pour qui « on assiste à une explosion des demandes de consultations (psy) sur ce thème ». Et ce n’est pas l’étude publiée en septembre par The Lancet qui va le contredire : on y lit que 75 % des 16-25 ans jugent le futur effrayant en raison du changement climatique.

    Faut-il répondre à Lucie ?
    La rabrouer – au prétexte que sa question dérange ou qu’il faut la protéger – serait une erreur : il n’y a pas pire pour traumatiser un enfant que de ne pas lui répondre ou de lui mentir. Inutile de s’appeler Marcel Rufo pour le comprendre !

    Quelques chiffres : selon une étude parue en 2012 dans la revue Strife, 80 % des américains âgés de 10 à 12 ans sont très préoccupés et ressentent de l’anxiété face aux problèmes environnementaux.

    Pour les enfants, le concept de « fin » n’a pas de sens
    La capacité à se projeter dans le futur – qui est le propre de la jeunesse – est brisée. Pour un enfant, le concept de « plus jamais » n’a pas de sens. À leurs yeux, rien n’est définitif : ils ne comprendront qu’ils sont mortels qu’à l’adolescence. Ils n’ont donc pas les clés pour comprendre l’idée d’effondrement. C’est là que naît l’angoisse.

    Conseil de lecture : Alice Desbiolles, L’Eco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé (Fayard).

    Non, Greta Thunberg n’en fait pas trop
    Cette angoisse doit être prise au sérieux. Car, en absence de prise au sérieux, l’enfant/l’ado risque de perdre confiance dans l’adulte. L’adulte doit considérer que l’enfant vit un moment de deuil de sa « vie normale ». On entend par exemple de plus en plus d’élèves se demander à quoi bon faire des études pour apprendre un métier qui aura disparu suite à la catastrophe ?

    Il FAUT lui apporter une réponse. Ou, du moins, engager la conversation.

    À connaître : le livre et le site Sorry Children. Que dire (ou non) à nos enfants sur notre lit de mort ?, parrainés par Pablo Servigne.

    Ce qu’il ne faut surtout pas faire : répondre comme cette mère.

    GENERATION

    Lire cette vidéo sur YouTube
    Comment répondre à son enfant ?
    Pour la pédopsychiatre Coline Stordeur, « les enfants sont capables de comprendre que nous n’échapperons pas aux bouleversements climatiques »… tant qu’on leur présente les choses avec pédagogie.

    Voici une manière, parmi d’autres, de le dire à un enfant de moins de 12 ans :

    « Ce qui est extrême ne peut pas durer. Par exemple, on ne peut pas courir super vite toute la journée, ou crier, ou sauter à pied joints sans s’arrêter…. On finira vite par s’essouffler. C’est ce qui arrive à notre planète. On l’a forcée à produire plein de nourriture et plein d’énergie pour nourrir et chauffer les gens… et maintenant, elle s’essouffle, elle est fatiguée ».

    Ce sont les plus grands qui vous poseront les questions pièges et imprévisibles.

    N’ayez pas peur des propos radicaux ou intransigeants de vos ados. C’est normal : ils ont le sentiment que leur « toute-puissance infantile est frustrée ».

    Je vous conseille de potasser votre sujet pour ne pas sécher. Notamment si vous comptez parler de « ces scientifiques qui travaillent à chercher des solutions » ou de « ces lieux où on imagine d’autres manières de vivre ».

    Pour réviser : voici une version résumée sur rapport Meadows sur « les limites à croissance », spécialement écrit pour les lycéens et leurs enseignants.

    Ayez déjà 2 ou 3 noms et lieux bien en tête ! Et, attention, hein, on ne parle pas d’Elon Musk qui préfère se barrer sur Mars !

    À voir avec votre ado : Une fois que tu sais, le docu collapso d’Emmanuel Cappellin

    Ne dites pas apocalypse, mais transformation
    Souvent, la première réaction d’un enfant face à l’idée de « fin du monde » est la peur de l’abandon.

    Il est donc nécessaire d’être rassurant : insistez sur le fait qu’il ne s’agit que de la fin « d’un monde » et qu’il y aura un monde d’après.

    Parlez de transformation plutôt que d’apocalypse (même si apocalypse signifie, à l’origine, « révélation » ou « découverte d’autre chose »).

    À savoir : les enfants – en particulier avant 8 ans – ont du mal à se repérer dans le temps et notamment à différencier le futur lointain de demain. Expliquez leur bien que cela va durer des années.

    Pour apaiser ses angoisses, rien n’est plus utile que l’action
    Le seul remède à l’écoanxiété, c’est agir, à son niveau, selon son âge et ses capacités.

    L’important est de transformer sa colère en une action constructive, qui leur permette de développer un talent, d’acquérir une compétence. Rien ne serait pire que de rester passif dans son coin.

    Quelques idées pour vous inspirer : apprendre les gestes écolos de base (éteindre les lumières, ne pas gaspiller, faire du vélo, manger moins de viande, couper l’eau du robinet…), rejoindre une association de ramassage des déchets, manifester pour le climat, s’initier au potager, etc.

    Le mieux est d’accompagner vos enfants dans cette « transition écologique ». Et pourquoi ne pas devenir végétarien ensembles, comme l’a fait Katia Raffarin, auteure d’Au secours, mon ado est végétarien ! (First).

    À voir : Comment élever ses enfants face au collapse ? Voici une conférence de Renaud Hétier (docteur en Sciences de l’Éducation) qui devrait vous éclairer.

    Passer à l’action
    Enfin, il est primordial d’aider vos gosses à comprendre qu’il y a des solutions et de leur proposer des gestes concrets à faire, pour améliorer la situation : trier les déchets, aider au potager, ne pas gaspiller l’eau…

    Les engager ainsi va leur apporter de l’optimisme, de l’espoir et du sens. Des sentiments puissants pour les accompagner dans ce climat anxiogène.

    Pour aller plus loin, je vous recommande cet article publié dans The Conversation, autour de l’écologie expliquée aux enfants.

    Vous pouvez aussi lire Comment rester serein quand tout s’effondre (Ed. Flammarion). Dans ce livre, le philosophe méditatif Fabrice Midal nous apprend notamment comment parler aux enfants de ce qui nous attend. Plutôt que de leur cacher la vérité, il préfère leur expliquer qu’avoir peur fait partie de la vie. L’important, c’est de transmettre l’espoir dans une vie meilleure, sans lequel on ne se lèverait pas le matin. De même, il est essentiel d’encourager l’enfant à prendre des risques et à partir à l’aventure. « Nous vivons dans une société qui, au prétexte de protéger les gens, veut supprimer tous les risques, tout contrôler. Mais est-ce vraiment ça la sagesse ? Interdire à son enfant d’apprendre à grimper aux arbres ? » Midal prône une « sagesse pratique » qui réagit à l’intuition, en lien avec la méditation. Et, pour aider les parents, il suggère un conseil de lecture : Et si la méditation était la solution ? Répondre aux besoins et désirs des ados, de Mathieu Brégégère. Il considère que la méditation peut les aider – nous aider – à mobiliser nos forces et nos atouts.

    Allez, maintenant, c’est à vous de jouer et, n’oubliez pas : si même Disney est arrivé à leur parler d’effondrement – avec le film Wall.E – alors, vous aussi !

    Je conclurais ce billet avec l’excellente vidéoconférence d’1h15 organisée le 28 octobre 2020 par Les rencontres d’Adaptation radicale, avec, en guest star, Véronique Perriot, auteure de Le Meilleur à venir (disponible en PDF sur la page). Un livre pour parler d’effondrement avec ses enfants. Bon visionnage !

    https://www.youtube.com/embed/OBd2TunXEpM

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