Casque à vélo obligatoire : ces maires qui franchissent la ligne rouge

De plus en plus de maires prennent aujourd’hui des arrêtés municipaux imposant le port du casque à vélo aux adultes. Derrière cette surenchère réglementaire, il faut dire les choses clairement : ces arrêtés n’ont pas de fondement juridique solide et relèvent avant tout de l’affichage politique.

Le plus absurde est que cette obligation vise généralement que les utilisateurs de vélos à assistance électrique, comme si le danger se résumait à la présence d’un moteur. Chacun sait pourtant que la vitesse pratiquée sur la voie publique ne dépend pas uniquement de l’assistance électrique, et qu’une telle distinction n’a ni logique ni cohérence.

Cette agitation réglementaire masque surtout une réalité embarrassante : dans bien des cas, ces communes accusent un retard important en matière de politique cyclable. Mauvaises notes au baromètre vélo, absence d’aménagements sécurisés, discontinuités des itinéraires, manque d’ambition depuis des années… Certains maires, parfois installés depuis plusieurs mandats, n’ont jamais mené de véritable politique en faveur du vélo. Faute d’agir sur le fond, ils choisissent aujourd’hui de communiquer sur des mesures aussi contestables qu’inefficaces.

La sécurité des cyclistes ne se décrète pas par des arrêtés juridiquement fragiles. Elle se construit par une politique publique sérieuse : des infrastructures sûres, des voiries apaisées, une réduction des vitesses motorisées, et une vraie volonté de faire du vélo un mode de déplacement du quotidien.

À défaut, ces arrêtés apparaissent pour ce qu’ils sont : des postures politiques destinées à donner l’illusion de l’action, tout en évitant de traiter les causes réelles de l’insécurité à vélo.

Quelques exemples de villes Françaises ayant rendu le casque obligatoire à vélo en ce début 2026:
Mairie d’Aurillac depuis février 2026
https://www.aurillac.fr/securite-routiere-casque-gilets/
Ville de Château-Thierry depuis le 23/01/2026, cf arrêté municipal
https://www.chateau-thierry.fr/article/un-nouvel-arrete-pour-la-securite-des-usagers-de-trottinettes-de-velos-electriques-et-vae
Ville de Soissons depuis le 26 février 2026, cf arrêté municipal.
https://www.soissons.fr/2026/04/12/casque-obligatoire-pour-trottinettes-et-velos-electriques-a-soissons-une-mesure-pour-renforcer-la-securite/

Casque obligatoire à vélo : le mauvais signal au mauvais moment

Rendre le casque obligatoire à vélo pour les plus de 12 ans et les adultes peut sembler relever du bon sens. Mais une politique publique ne se juge pas à son intention, elle se juge à ses effets. Or la Commission européenne rappelle elle-même qu’une obligation du port du casque peut faire baisser la pratique du vélo, ce qui est totalement contre productif puisque les bénéfices du vélo pour la santé l’emportent largement sur le risque de blessure.

Le rapport OCDE/ITF va dans le même sens. Il souligne que certaines évaluations des lois « pro casque «  ne prennent pas en compte le coût sanitaire d’une baisse du nombre de cyclistes, alors que les bénéfices globaux du vélo sont majeurs. Il cite aussi des travaux concluant que, dans les territoires où le vélo est déjà relativement sûr, une obligation peut produire des effets négatifs non intentionnels sur la santé précisément parce qu’elle fait reculer la pratique.

En France, ce serait un très mauvais calcul de santé publique. 8 adultes sur 10 déclarent déjà plus de 3 heures d’écran de loisir par jour, et plus de 20 % passent plus de 7 heures assis quotidiennement. En parallèle, la DREES indique qu’en 2019, en France, 15 % des 20-69 ans étaient en situation d’obésité et 31 % en surpoids. Dans ce contexte, le vélo n’est pas un problème à compliquer : c’est une solution à banaliser.

Santé publique France rappelle d’ailleurs le potentiel considérable des mobilités actives : dans trois métropoles étudiées, 10 minutes de vélo de plus par jour chez les 30 ans et plus pourraient réduire la mortalité de 6 %, soit 200 à 600 décès évités par an selon les territoires. À l’inverse, tout signal public susceptible de freiner l’usage du vélo va à rebours de l’intérêt général.

Cela va aussi à rebours des objectifs français. L’État a fixé l’ambition de porter la part modale du vélo à 9 %, puis 12 % d’ici 2030. Autrement dit : la France a besoin de plus de cyclistes, pas de nouvelles barrières symboliques ou réglementaires. Si l’on veut améliorer la sécurité, la priorité devrait être l’aménagement, l’apaisement de la circulation et l’apprentissage, pas la pénalisation.

À l’approche de Mai à vélo 2026, le bon réflexe pour les maires n’est donc pas de sanctionner, mais de faire de la pédagogie : ateliers de remise en selle, conseils de visibilité, réglage du casque, sensibilisation aux angles morts, balades encadrées, animations dans les écoles. Le site national présente d’ailleurs déjà l’édition 2026 comme “un mois pour adopter le vélo… pour la vie” et met à disposition des événements et ressources pour les collectivités.

En matière de santé publique comme de climat, le message devrait être simple : tout ce qui peut décourager l’usage du vélo est un mauvais signal. Le casque peut être recommandé, expliqué, encouragé. Mais une obligation imposée aux adolescents et aux adultes risque d’envoyer exactement le message inverse de celui dont la France a besoin : celui d’un vélo compliqué, contraignant, presque suspect alors qu’il devrait devenir un mode de déplacement évident au quotidien.

Pierre Mathonier, maire d’Aurillac, ville qui a reçu la notation F lors du baromètre vélo en matière de sécurité routière pour l’année 2025 milite pour rendre le casque obligatoire au niveau nationale. Dans cette vidéo, on le voit exprimer son point de vue avec une voiture en arrière plan garée sur le trottoir empiétant sur la bande cyclable.

2 réflexions sur “Casque à vélo obligatoire : ces maires qui franchissent la ligne rouge

  • 12 avril 2026 à 21h51
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    Port du casque obligatoire lorsqu’on circule à vélo ?
    Les Maires savent-ils que :
    Plus de 80% des cyclistes portent un casque (même non homologué) lorsqu’ils sont à vélo ?
    Que plus de 90 % des cyclistes circulent sur de vélos non conformes à la réglementation en vigueur ?
    Pourquoi sont-ils si mal informés ?

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  • 12 avril 2026 à 22h56
    Permalien

    Si vous avez envie de transmettre un recours gracieux à votre maire, voici un modèle de courrier.

    Nom Prénom
    Adresse
    Code postal – Commune
    Téléphone / courriel

    À l’attention de Monsieur / Madame le Maire de [Commune]
    Adresse de la mairie

    Lieu, le [date]

    Objet : recours gracieux tendant à l’abrogation de l’arrêté municipal n° [référence] du [date] imposant le port du casque aux cyclistes
    Monsieur / Madame le Maire,
    Par la présente, je forme un recours gracieux contre l’arrêté municipal n° [référence] du [date], en tant qu’il impose le port du casque aux usagers circulant à vélo sur le territoire de la commune, et vous demande son abrogation expresse. En effet, le Code de la route prévoit une obligation de port du casque pour le conducteur et le passager d’un cycle uniquement lorsqu’ils sont âgés de moins de douze ans. Cette obligation résulte de l’article R. 431-1-3 du Code de la route. A contrario, aucun texte national n’impose, de manière générale, le port du casque aux cyclistes âgés de 12 ans ou plus.
    https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033669070
    Dans ces conditions, l’arrêté litigieux ajoute à la réglementation nationale une obligation générale qui n’est pas prévue par le Code de la route. Or, s’il appartient au maire d’exercer la police municipale et la police de la circulation afin d’assurer la sécurité publique, ce pouvoir doit s’exercer dans le respect du cadre fixé par les textes et ne peut légalement justifier que des mesures adaptées aux circonstances locales et strictement proportionnées à l’objectif poursuivi.
    https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000029946370
    En l’espèce, une obligation générale et permanente de port du casque pour les cyclistes apparaît entachée d’erreur de droit, faute de base légale suffisante dans le Code de la route, et d’illégalité en l’absence de justification circonstanciée tenant à des risques locaux particuliers de nature à rendre une telle mesure nécessaire et proportionnée. Le principe issu de la jurisprudence admet que l’autorité locale puisse, dans certaines hypothèses, aggraver localement une mesure de police, mais seulement en présence de circonstances particulières ; de plus, les interdictions ou obligations de police doivent demeurer proportionnées.
    https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000007635151/
    Je précise également que les vélos à assistance électrique répondant à la définition légale du cycle à pédalage assisté demeurent juridiquement des cycles. Ils ne sont donc pas soumis, en tant que tels, à une obligation générale de port du casque pour les adultes ou les enfants de 12 ans et plus.
    Au surplus, l’article L. 243-2 du Code des relations entre le public et l’administration prévoit que l’administration est tenue d’abroger expressément un acte réglementaire illégal, que cette illégalité existe depuis son édiction ou qu’elle résulte de circonstances postérieures. Dès lors, je vous demande de procéder à l’abrogation de cet arrêté dans les meilleurs délais.
    https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000031367677
    Je vous remercie de bien vouloir me notifier votre décision. À défaut de réponse dans le délai de deux mois, votre silence vaudra décision implicite de rejet, et je me réserve la possibilité de saisir le tribunal administratif compétent afin de solliciter l’annulation de cet arrêté.
    https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2474
    Je vous prie d’agréer, Monsieur / Madame le Maire, l’expression de ma considération distinguée.

    _____

    Comment contester un arrêté municipal en France ?

    Un arrêté municipal est un acte pris par le maire dans le cadre de ses pouvoirs, notamment en matière de police administrative ou d’organisation locale. Comme toute décision administrative, il peut être contesté lorsqu’une personne estime qu’il lui cause un préjudice ou qu’il est illégal.

    La voie la plus classique pour le contester est le recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif. Le Code général des collectivités territoriales, à son article L. 2131-9, prévoit qu’un citoyen qui se croit personnellement lésé par un acte d’une autorité communale peut en demander l’annulation.
    Lien : Code général des collectivités territoriales – article L. 2131-9 (Legifrance)

    Avant d’engager une démarche, il faut d’abord vérifier à partir de quelle date l’arrêté est devenu applicable. En règle générale, le délai pour saisir le juge administratif est de deux mois à compter de la publication ou de la notification de la décision. Cette règle est fixée par le Code de justice administrative, à l’article R. 421-1.
    Lien : Code de justice administrative – article R. 421-1 (Legifrance)

    Dans de nombreux cas, il est possible de commencer par un recours gracieux. Il s’agit d’un courrier adressé au maire pour demander le retrait, la modification ou l’abrogation de l’arrêté. Cette démarche n’est pas obligatoire, mais elle peut permettre de résoudre le litige sans aller immédiatement devant le juge. Il est préférable d’envoyer ce recours par écrit, avec une preuve d’envoi et de réception.
    Lien : Service-Public – Recours gracieux, recours hiérarchique et recours administratif préalable obligatoire

    Le recours gracieux présente aussi un intérêt pratique important : lorsqu’il est envoyé dans le délai initial de deux mois, il interrompt ce délai. Si le maire rejette la demande, un nouveau délai de deux mois commence alors à courir pour saisir le tribunal administratif. En l’absence de réponse pendant deux mois, le silence de l’administration vaut en principe rejet implicite.
    Lien : Service-Public – Recours gracieux, recours hiérarchique et recours administratif préalable obligatoire

    Si le recours gracieux n’aboutit pas, ou si l’on préfère saisir directement le juge, il faut déposer une requête devant le tribunal administratif. Cette requête peut être transmise par le service en ligne Télérecours citoyens, déposée au greffe ou envoyée par courrier. Elle doit expliquer les faits, exposer les arguments juridiques, préciser ce que l’on demande au juge — par exemple l’annulation de l’arrêté — et comporter la décision contestée ainsi que les pièces utiles.
    Lien : Service-Public – Recours devant le juge administratif

    Pour que le recours soit recevable, il faut également justifier d’un intérêt à agir. Cela signifie qu’il faut démontrer que l’arrêté contesté affecte réellement la personne qui agit. Le Conseil d’État, dans sa présentation sur la contestation des actes réglementaires, rappelle cette exigence générale.
    Lien : Conseil d’État – Contestation d’un acte réglementaire

    Il faut aussi savoir que le dépôt d’un recours devant le tribunal administratif ne suspend pas automatiquement l’application de l’arrêté. Autrement dit, la décision continue en principe de produire ses effets tant que le juge ne l’a pas annulée. En cas d’urgence, il est possible de demander en plus un référé-suspension, qui permet de solliciter la suspension provisoire de l’acte pendant l’examen du dossier au fond.
    Lien : Service-Public – Litige avec l’administration : référé-suspension

    Dans des situations plus exceptionnelles, lorsqu’une décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, il est aussi possible d’utiliser la procédure du référé-liberté. Il s’agit d’une voie d’urgence renforcée devant le juge administratif.
    Lien : Service-Public – Litige avec l’administration : référé-liberté

    En parallèle, une personne concernée peut également alerter le préfet. Dans le cadre du contrôle de légalité, le Code général des collectivités territoriales, à l’article L. 2131-8, permet à une personne physique ou morale lésée de demander au préfet de déférer l’acte au tribunal administratif. Cette possibilité existe, mais elle ne remplace pas le recours personnel du requérant. Il est donc prudent de ne pas compter uniquement sur cette démarche.
    Lien : Code général des collectivités territoriales – article L. 2131-8 (Legifrance)

    En pratique, une méthode prudente consiste à procéder en plusieurs étapes : d’abord récupérer l’arrêté complet et la preuve de sa publication ou de sa notification ; ensuite adresser rapidement un recours gracieux au maire ; puis préparer, si nécessaire, une requête au tribunal administratif avant l’expiration du délai. Si la décision entraîne des conséquences immédiates et importantes, il peut être utile d’envisager également un référé-suspension.

    Enfin, lorsqu’une procédure judiciaire représente un coût difficile à supporter, il est possible de demander l’aide juridictionnelle, qui permet sous certaines conditions la prise en charge de tout ou partie des frais liés au procès.
    Lien : Service-Public – Aide juridictionnelle

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